Porter des lunettes est un acte banal.

Certains redoutent de porter des lunettes car :

  • ce sont finalement des prothèses
  • ça fait mal au nez
  • les oreilles sont irritées
  • ça glisse tout le temps
  • c’est tout le temps de travers

Et d’autres, c’est un réel plaisir car :

  • c’est fashion
  • les styles sont sympas
  • la forme souligne le regard
  • ça protège
  • ou tout simplement ça sauve la vie de voir correctement.

Mis à part ces raisons, avez-vous réellement fait l’expérience de porter une paire de lunettes?

Avez-vous eu la sensation du wouahhhhh, sans même vous être regardé pour voir si le style vous allait?

Le marketing des sens

Dans l’industrie du luxe, on parle souvent d’expérience extra-sensorielle.

Je parle du vrai luxe, du luxe intimiste qui n’entre pas dans le fast-marketing et le bling-bling de la richesse.

Ce luxe a le luxe de pouvoir exalter tous nos sens.

Il s’agit du produit luxueux où lorsqu’on le chausse, lorsqu’on le revêt ou lorsqu’on l’expérimente, tous nos sens sont en exaltation. On prend son temps pour pénétrer dans une autre dimension. Les 5 sens sont sollicités à bon escient pour nous faire entrer dans son univers produit.

Néanmoins, un sens peut être occulté pour exalter les autres sens que nous n’avons pas l’habitude de solliciter. L’effet surprise ajoute une expérience étonnante et mémorable au client.

On n’est plus dans du marketing classique mais du marketing sensoriel.

Selon une étude développée par Walnut Unlimited pour Mood Media en 2019, une ambiance agréable en magasin avec une combinaison de stimulis sensoriels sont des  facteurs privilégiés pour acheter dans un commerce traditionnel.

Personnellement, je l’ai vécu lorsque j’ai dû créer une formation “Service impeccable” en magasin d’optique en m’inspirant des palaces parisiens. Cette sensation unique que l’on ressent lorsque l’on est client dans un palace, même pour boire un café, est unique et ancrée en soi.

Je l’ai de même vécu en essayant des produits de luxe dans des endroits magnifiques.

Mais pour les lunettes?… Je ne l’ai personnellement pas vécu et même si j’ai formé au “Service impeccable” en magasin d’optique avec le souhait de transmettre cette expérience unique, je ne sais pas si finalement c’était si efficace au vue des moyens que l’on me donnait.

Jusqu’au jour où…

Porter des lunettes au-delà du simple geste...

Cela fait 20 ans que je suis opticienne. 

De la lunette, j’en ai essayé de toutes les couleurs, de toutes les formes et de tous les styles. A force, on développe un mécanisme inconscient et répétitif sur certaines sensations ou critères que l’on recherche.

En janvier dernier, sur le salon de 100% Optical, j’ai fait parti du jury de blogueurs pour élire des lunettes dans différentes catégories dont la monture de luxe.

Pour remettre dans le contexte :

  • je ne suis pas anglophone,
  • mon niveau d’anglais est celui d’un français moyen
  • je ressortais de ma conférence où j’ai parlé anglais 30 min
  • je côtoyais et rencontrais des personnes parlant uniquement en anglais

J’étais loin de ma zone de confort. Même si je me suis préparée psychologiquement à ce week-end professionnel londonien, j’étais finalement sur un bateau en pleine tempête où j’essayais de maintenir la voile le plus professionnellement possible pour avancer. Et comme j’aime naviguer, je maintenais le cap.

Lors de chaque délibération, il fallait défendre son avis (en anglais). J’étais majoritairement d’accord avec ce qui se disait : cela me sauvait d’une prise de parole public.

Sauf pour la catégorie Monture de luxe. La monture, qui avait les faveurs de la majorité, n’était pas pour moi la meilleure de cette catégorie. Pourquoi?

En essayant les 5 selections, une seule m’a fait un effet WOUAH.

Je pense que le fait de ne pas être dans ma zone de confort, tous mes sens étaient connectés et à fleur de peau.

En observant la selection Luxe, je m’aperçois visuellement les valeurs qui font qu’une monture est luxueuse :

  • le travail : de l’orfèvrerie à la simplicité
  • la matière : du précieux à la combinaison audacieuse
  • les détails : de la plaquette en titane aux gravures intérieures

Puis vient l’essayage : entre la lourdeur, le manchon qui accroche les cheveux, certains détails au toucher pas agréable etc… c’était rédhibitoire.

Un modèle est sorti du lot : lorsque j’ai essayé ce modèle, qui était esthétiquement banal, j’ai eu la sensation de rentrer dans un cocon de douceur. J’ai eu une sensation de bien-être et le sourire m’est venu sans raison.

Je me suis dit à cet instant : ÇA, c’est une monture de luxe ! Sans même me regarder, elle me plaisait.

Maintenant, comment défendre cette sensation en anglais et essayer de faire changer d’avis?

J’ai pris mon courage à 2 mains, j’ai réuni toutes mes notions d’anglais et je suis partie dans la métaphore du luxe et du fameux pull en cashemire.

Je n’ai pas réussi à faire pencher la balance… Mais j’ai fait une expérience sensationnelle de porter des lunettes extraordinaires.

Porter des lunettes écoresponsables

Cette expérience m’a marqué et m’a fait intégré cette sensation en moi. J’ai attendu 20 ans pour comprendre la qualité de porter réellement des lunettes alors que consciemment j’en connaissais déjà les raisons.

Réussir à transmettre une expérience extra-sensorielle avec des lunettes est un défi que j’intègre dans ma quête d’écoresponsabilité.

Et j’espère pouvoir vous transmettre cette partie inconsciente dans ma prochaine conférence sur les lunettes écoresponsables